C’est presque devenu une tradition. Dimanche, petit matin clair, nous nous retrouvons à la brasserie « Le Jean Jaurès » pour un petit déjeuner des plus somptueux. Matin clair, certes, mais bien plus que le regard glauque de certains noctambules que les appels de la montagne et de ses virolos ont sorti prématurément des bras de Morphée. Café noir, vite !
L’ami « Moquette » se démène: cafetière, théière, chocolatière, « jus-de-fruitière » défilent et les délicieux croissants au beurre disparaissent au rythme effréné des mains avides qui les précipitent au fond des gosiers de ces gourmets affamés. Voilà qui remet en forme et certains sont déjà impatients d’affronter le bitume tortueux des Cévennes. Alors, allons-y !
Une à une les motos s’ébranlent et la route de Sauve est vite atteinte. Petit matin clair mais frais! Frais au point qu’à Quissac, on rajoute aux tenues trop estivales une petite laine réconfortante. A partir de Pont d’Hérault, nous attaquons une sublime remontée de la vallée de l’Hérault vers Valleraugue. La route est large, pratiquement déserte, le bitume doux et tendu comme la peau d’une jouvencelle callipyge dont les formes généreuses et les courbes gracieuses sont évoquées à chaque virage que nos engins enchaînent dans une suave extase au travers d’un typique paysage cévenol. La moto, c’est beau! La forêt s’épaissit au fur et à mesure de notre ascension vers le Mont Aigoual. Soudain, « bloup! », la tonte monacale du sommet surgit et contraste avec la densité sylvestre précédente. Comme nous sommes à l’observatoire, nous observons. Avec un peu d’imagination et beaucoup de crédulité, nous admirons le Puy de Dôme au nord et le Mont Saint Clair au sud, plongeant dans la rade de Sète. (Salut Georges!) Les gens se regroupent petit à petit puis nous descendons tranquillement sur Meyrueis par le col du Perjuret. Cadence de balade pépère car la route est étroite, parsemée de graviers sournois et commence à être fréquentée par ces cacochymes pachydermes fumigènes que leurs conducteurs malhabiles devraient échanger contre un petit équidé à longues oreilles… Mais surtout, le paysage a changé et mérite d’être apprécié: crêtes rupestres, pentes escarpées qu’égayent de sinueux valons richement arborés.
Meyrueis: Bientôt midi, il est l’heure d’arriver! Nous sommes attendus au restaurant « Le Sully » qui possède une très agréable succursale en l’hôtel Saint Sauveur, en bordure d’une place aux platanes centenaires. Un majestueux perron donne accès à une vaste terrasse que protège des ardeurs du soleil un vénérable érable sycomore. M. et Mme Gaillard, nos hôtes, nous accueillent avec un kir de leur cru du meilleur aloi et nous passons à table sans plus tarder. Feuilleté aux cèpes, truite ou aligot saucisse cévenole, forêt noire du chef, le tout bien arrosé et terminé par un café des plus aromatiques: il y avait plus malheureux que nous! D’autant que nous ne nous sommes pas lassés du charisme, de la gentillesse et de l’efficacité de notre hôtesse…
Houlà! le temps passe vite, des nuages sombres s’annoncent, il nous faut reprendre la route. Le cortège est vite reformé sauf quelques pressés ou autres autochtones qui nous ont déjà quittés. Nous revenons sur nos pas pour atteindre le rond-point à la sortie de ville direction Ste Enimie. Mais là, erreur collective de nombreux distraits que l’ami Fred (TGV) gardera sous sa haute bienveillance. Nous autres filons sur le plateau en remontant de profondes gorges aux à-pics vertigineux taillés sauvagement dans la rocaille roussâtre. Les crêtes acérées se découpent crânement dans un ciel tumultueux qu’obscurcissent de menaçants cumulus. Un vrai décor de cinéma! Dans cette ambiance surréaliste, le suspense s’accroît à l’arrivée sur le Causse Méjean où les restes d’un incendie nous accueillent, fantomatiques arbres poteaux, funestes sentinelles grises figées là pour nous rappeler que tout peut arriver… Au bout du causse, nous profitons d’un exceptionnel panorama sur Florac et sa vallée. En bas, retrouvaille des distraits sous l’œil amusé et goguenard de TGV. Ils viennent d’essuyer une averse, ils auraient mieux fait de partager notre émotion sur les hauteurs! Nous repartons tous pour, quelques kilomètres plus loin, faire (à pied!) une petite balade digestive et touristique à St Laurent de Trèves, histoire de découvrir les fameuses traces des dinosaures. Le retour final sera des plus classiques: la Corniche des Cévennes, rafraîchissement à Anduze ou col du Rédarès, Nîmes, le « Jean-Jau ». Au fil des arrêts et des bifurcations, nous sommes de moins en moins, à tel point que nous nous retrouvons deux à l’arrivée! Mais baste! Tout le monde s’est bien régalé, personne ne s’est perdu ni fait mal. Bref, nous avons passé une excellente journée.
Vive la moto…
...et merci Sport Moto!
Eric Le Geron.
Voici quelques photos du repas. Pour lancer le diaporama, cliquez sur une photo.
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